Au Sénégal, la tension reste vive après les violences survenues sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Si la majorité des 109 étudiants interpellés en début de semaine ont été libérés mercredi 11 février à l’issue de leur audition, trois responsables d’organisations étudiantes demeurent en garde à vue, une décision qui suscite une vive inquiétude au sein de la communauté universitaire.
Les affrontements, qui ont fait un mort lundi dernier à l’UCAD, avaient entraîné une vaste opération policière. De nombreux étudiants ont été arrêtés sur le campus, parfois jusque dans leurs chambres, tandis que d’autres interpellations ont eu lieu le lendemain en dehors de l’université, alors que le calme était revenu.
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Parmi les personnes ciblées figuraient plusieurs dirigeants d’amicales étudiantes, soupçonnés d’avoir joué un rôle dans l’organisation des manifestations. L’arrestation du président de l’Amicale des étudiants en médecine, interpellé à l’hôpital Fann, a particulièrement marqué les esprits. Ses soutiens dénoncent une réponse sécuritaire disproportionnée.
Selon l’Association des Jeunes avocats du Sénégal, qui assure la défense des étudiants à titre gracieux, tous les interpellés ont été relâchés après audition, à l’exception de trois responsables maintenus en garde à vue. Cette prolongation alimente un climat de peur. Certains responsables étudiants affirment se sentir traqués et disent avoir choisi de se mettre à l’abri. Un point de presse organisé depuis un lieu tenu secret a dénoncé ce qu’ils qualifient d’atteinte à l’État de droit et à la liberté académique, avec un appel à la libération immédiate de leurs camarades.
Contactée, la police évoque des faits de troubles à l’ordre public, participation à une manifestation non déclarée, destruction de biens publics et privés, ainsi que des actes de vandalisme et de violence. De leur côté, les autorités appellent à laisser l’enquête suivre son cours. Le directeur général de l’enseignement supérieur, Abdoul Aziz Diouf, insiste sur la nécessité d’établir les responsabilités de manière impartiale, quel que soit le camp concerné.
Alors que l’émotion reste forte à l’UCAD, cette affaire relance le débat sur la gestion des mouvements étudiants et sur l’équilibre entre maintien de l’ordre et respect des libertés universitaires au Sénégal.